L’idée de réaliser une statue monumentale célébrant la Liberté pour l’offrir aux Etats-Unis a une origine un peu floue. On sait cependant qu’elle a dû naître d’échanges entre Édouard de Laboulaye, homme politique et fervent abolitioniste, et le sculpteur alsacien Auguste Bartholdi à la fin des années 1860. Le projet est retardé en raison des troubles causés par la guerre franco-prussienne et la chute du Second Empire, ainsi que l’instabilité politique qui règne aux débuts de la Troisième République.
Auguste Bartholdi sculpte néanmoins une première ébauche en terre cuite en 1870. Ce premier modèle est aujourd’hui exposé au Musée Bartholdi à Colmar (ancienne maison de naissance de Bartholdi). En même temps qu’il travaille sur le concept de sa Statue de la Liberté (qu’on appelle aussi La Liberté éclairant le monde), il reçoit la commande du Lion de Belfort, une autre sculpture monumentale, rendant hommage à la résistance de cette ville alsacienne face au siège des Prussiens.
Pour son allégorie de la Liberté, Bartholdi utilise plusieurs inspirations de figurations féminines issues des religions antiques (comme l’égyptienne Isis ou la romaine Libertas). Peu avant, Bartholdi avait d’ailleurs travaillé sur un projet de statue pour le canal de Suez. L’entrepreneur du canal, le français Ferdinand de Lesseps, était devenu un grand ami de Bartholdi. Ce dernier ne parvint cependant pas à convaincre Ismail Pacha, gouverneur d’Egypte, de concrétiser ses plans. On remarque une ressemblance certaine entre le projet avorté de L’Egypte apportant la lumière à l’Asie avec la future Statue de la Liberté américaine.

En 1871, Bartholdi se rend aux Etats-Unis pour trouver des soutiens à son projet, mais aussi trouver un lieu pour installer sa sculpture monumentale. Il repère alors Bedloe’s Island (future Liberty Island) à l’embouchure du fleuve Hudson qui abrite alors un fort militaire. Pour lui, c’est l’endroit idéal car tous les bateaux arrivant à New York passeront devant. L’île appartient au gouvernement et il obtient du Président Ulysses S. Grant la promesse que le site pourra accueillir la statue. Bartholdi rencontre également d’autres Américains influents intéressés par son projet mais le sculpteur préfère quand même attendre encore un peu avant de véritablement s’engager dans cette grande entreprise.
Ce n’est donc qu’à l’automne 1875, qu’une campagne de promotion pour la construction de la statue voit enfin le jour en France. Un Comité de l’Union Franco-Américaine est fondé par Édouard de Laboulaye pour récolter des fonds. Charles Gounod compose spécialement une cantate jouée à l’Opéra et dont les profits sont reversés au comité. Des souscriptions sont ouvertes dans de nombreuses villes françaises pour couvrir le devis de un million de francs demandés pour financer le projet. De l’autre côté de l’Atlantique, de l’argent est également récolté pour la construction du socle.
L’architecte Eugène Viollet-le-Duc est chargé de concevoir la structure de la sculpture et il installe le chantier dans l’atelier Monduit à Paris (rue de Chazelles, dans le 17e arrondissement). Monduit est alors déjà célèbre pour avoir restauré la colonne Vendôme endommagée lors de la Commune. En 1877, le président américain Grant acte l’installation de la future statue sur Bedloe’s Island et les travaux d’aménagement du socle débutent. Il est décidé que la structure en étoile de l’ancien fort militaire sera conservée pour servir de base au grand socle. Le travail est confié à l’architecte Richard Morris Hunt et à l’ingénieur Charles Pomeroy Stone. Ils imaginent un socle en béton recouvert de murs en granite rose du Connecticut. Le style dorique de ce piédestal se mariera parfaitement avec le style néoclassique de la statue.

En 1878, Auguste Bartholdi fait exposer la tête de la sculpture à l’Exposition universelle de Paris sur le Champs-de-Mars.
On s’est longtemps interrogé sur le modèle féminin qui inspira le sculpteur pour le visage de la Statue de la Liberté. Isabella Eugènie Boyer, veuve de l’inventeur Isaac Merritt Singer célèbre pour ses machines à coudre, a souvent été citée comme possible modèle. En 2013, l’auteure Nathalie Salmon aurait levé le mystère, en révélant dans un livre la troublante ressemblance entre son aïeule, Sarah Coblenzer-Salmon, et la figure de métal. Elle s’appuie aussi sur certains documents démontrant que Sarah aurait bien posé pour Bartholdi. Le mari de Sarah, Adolphe Salmon, était par ailleurs un très grand ami de Bartholdi.



Viollet-le-Duc tombe malade et meurt en 1879. Bartholdi le remplace alors par l’ingénieur Gustave Eiffel. L’atelier Monduit, devenu entretemps la fonderie Gaget-Gauthier & Cie, fabrique les 300 feuilles de cuivre, d’un mètre sur trois, destinées à recouvrir la structure métallique. Peu à peu, les Parisiens voient s’élever la statue au-dessus des toits de a rue de Chazelles. L’endroit devient un lieu de curiosité.

Le 4 juillet 1884, à l’occasion de la fête nationale américaine, la statue est officiellement offerte aux États-Unis. Elle est ensuite démontée à partir de février 1885 pour être envoyée par convoi ferroviaire vers le port de Rouen. Elle est ensuite embarquée sur le bateau l’Isère pour sa traversée transatlantique. Elle arrive dans l’allégresse à New York le 17 juin 1885. Enfin, après quelques mois de remontage, la Statue de la Liberté est inaugurée le 28 octobre 1886.