Continuons notre série sur les assassinats célèbres à travers la peinture avec celui présumé des « enfants d’Edouard » en Angleterre. Le sort de ceux qu’on a appelés « Les Princes de la Tour » est encore à ce jour incertain, mais ces deux jeunes garçons ont fasciné les peintres du XIXe siècle, comme Paul Delaroche ou John Everett Millais. Dans sa toile, l’artiste prussien Theodor Hildebrandt (1804-1874), représente le deux princes profondément endormis sur le point de se faire assassiner par deux hommes à la mine patibulaire. Les jeunes Edouard et Richard sont alors les seuls enfants vivants du roi d’Angleterre Edouard IV et de son épouse, Elisabeth Woodville. Le 9 avril 1483, Edouard IV meurt et son fils aîné, âgé de 12 ans, est proclamé roi sous le nom d’Edouard V. Ce dernier et son frère ne sont pas à Londres au moment du décès de leur père, mais au château de Ludlow. Leur oncle, Richard de Gloucester, est désigné comme Lord Protecteur pour encadrer le jeune roi. Richard part à la rencontre d’Edouard V, fait arrêter la suite de celui-ci dans laquelle se trouvait son oncle maternel Anthony Woodville, et escorte lui-même le roi vers Londres. Richard de Gloucester supervise les préparatifs du couronnement tandis que le jeune roi et son frère sont logés à la Tour de Londres, lieu traditionnel de résidence des rois d’Angleterre avant leur couronnement. Richard intrigue cependant pour convaincre les nobles anglais qu’il est l’héritier légitime du trône. Le Parlement ne tarde pas à déclarer le mariage d’Edouard IV et Elisabeth Woodville invalide, et les deux petits princes, jugés illégitimes, sont déchus de leurs droits. Gloucester est alors couronné sous le nom de Richard III et met au secret ses neveux dans la Tour. Ils disparaissent alors sans que l’on sache ce qu’il est advenu d’eux, même si les observateurs de l’époque puis les historiens semblent privilégier la thèse qu’ils ont été assassinés sur ordre de Richard III.

De Londres, partons maintenant en Écosse pour assister à l’assassinat de Davide Riccio (francisé en David Rizzio) représenté par l’artiste franco-allemand Jean Lulvès (1833-1889). Ce courtisan italien, né à Turin vers 1533 est admis dans la suite du comte Moretto qui est sur le point de partir en Écosse afin d’y rencontrer la reine Mary Stuart. Là, Rizzio fait la connaissance des musiciens de la reine, et, par ses talents de chanteur, il intègre leur groupe et se fait remarqué de Mary Stuart qui ne tarde pas à le combler de cadeaux et à lui offrir un poste de secrétaire. Il est alors notamment chargé de missions diplomatiques avec la France. Des rumeurs courent qu’il est aussi l’amant de la reine. Lord Darnley, second époux de Mary, aurait alors fomenté un complot pour se débarrasser de Rizzio. L’assassinat a lieu le 9 mars 1566, dans les appartements de la reine au palais de Holyrood alors qu’elle dîne avec Rizzio. Elle ne peut rien faire pour empêcher les conjurés de tuer son ami, étant elle-même menacée d’une arme et retenue par son mari. Le courtisan italien est frappé de 56 coups de couteau. Mary Stuart est à ce moment-là enceinte de sept mois du futur Jacques VI. Une autre hypothèse sur l’origine de cet évènement est que la reine Elisabeth I, grande rivale de Mary Stuart, ait financé le complot afin de déstabiliser la reine écossaise, et peut être provoquer une fausse couche. Darnley sera lui assassiné un an plus tard, peut-être sur l’ordre de Mary en représailles du meurtre de Rizzio.

Traversons la Manche pour nous rendre en France, et plus précisément au château de Blois où un sort funeste fut réservé à Henri de Lorraine, duc de Guise tel que le peint Paul Delaroche (1797-1856). Pendant les guerres de religion qui gangrènent la France du XVIe siècle, Henri de Guise est le porte-étendard du clan catholique. Il a notamment participé activement au massacre de la Saint-Barthélemy et à plusieurs batailles contre les huguenots (protestants). Il a également le soutien financier de la très catholique Espagne avec qui il a signé le traité de Joinville (31 décembre 1584) pour reconnaître le cardinal de Bourbon comme successeur du roi Henri III au détriment du protestant Henri de Navarre (futur Henri IV). Le pouvoir qu’a acquis le duc de Guise en France devient alors une menace aux yeux d’Henri III qui décide de se débarrasser de ce gêneur. Il commandite son assassinat pendant les États généraux qui ont lieu au château de Blois. Le 23 décembre 1588, Guise est convoqué par le roi. Alors qu’il se dirige vers le cabinet, en passant par la chambre royale, huit membres des « Quarante-cinq » (la garde rapprochée du roi Henri III) se jette sur le duc avec leurs épées et leurs dagues. Guise se défend tant bien que mal avant de s’effondrer au pied du lit. Voyant son ennemi à terre, le roi se serait exclamé: « Il est plus grand mort que vivant » (Henri de Guise mesurait presque deux mètres). Henri III ordonne ensuite que son corps soit dépecé puis brûlé, pour ajouter encore plus à l’humiliation. Le frère d’Henri de Guise, Louis de Lorraine qui se trouvait aussi à Blois, est également arrêté et exécuté. Cet épisode mènera le roi à sa perte car il sera lui-même assassiné quelques temps plus tard, en 1589, par un religieux catholique fanatique, Jacques Clément.

Terminons cette série sur les assassinats dans l’Histoire par probablement le plus célèbre d’entre eux, celui de Jean-Paul Marat par la jeune Charlotte Corday en pleine Révolution française. Ce fait a inspiré quelques peintres, dont Jacques David Louis qui représentera Marat tel un martyr chrétien. Nous avons cependant choisi pour illustrer cet évènement un tableau un peu moins célèbre, celui de Paul Baudry (1828-1886).
En septembre 1789, Marat a créé un journal, L’Ami du peuple, dans lequel il exprime ses idées révolutionnaires (il se positionne notamment contre l’esclavage). Après la journée du 10 août 1792 qui mène à la prise des Tuileries et à l’incarcération de la famille royale au Temple, Marat incite à la punition des royalistes. Entre le 2 et le 6 septembre 1792, le peuple se met alors à attaquer les prisons et à massacrer bon nombre de personnes sans autre forme de procès. Marat devient député à la Convention et, dans le clan des Jacobins puis des Montagnards, continue ses imprécations contre les ennemis de la République (il réclame 270.000 têtes). Il vote également la mort du roi Louis XVI. Sa véhémence ne plaît cependant pas à tout le monde (notamment le clans des Girondins) et il est brièvement arrêté avant d’être acquitté. La radicalité de Marat attire l’attention de Marie-Anne Charlotte de Corday d’Armont, une jeune noble caennaise qui a embrassé les idées de la Révolution, mais est horrifiée par la tournure sanglante que prend les évènements. Elle décide de se rendre à Paris pour éliminer celui qu’elle considère comme un tyran. Marat est alors affaibli par une maladie de peau qui l’empêche de sortir de chez lui. Sa plume reste cependant acerbe et depuis sa baignoire, il continue à nourrir la vie politique de ses conceptions révolutionnaires. Charlotte Corday se présente chez Marat le 13 juillet 1793 sous prétexte de lui fournir les noms de conspirateurs. Après deux tentatives infructueuses, elle est enfin introduite dans la pièce où Marat prend son bain. Après une courte discussion, elle le poignarde une seule fois à la poitrine entraînant sa mort immédiate. Elle est arrêtée sur le lieu de l’assassinat. Jugée très rapidement par le Tribunal révolutionnaire, la jeune Charlotte est guillotinée le 17 juillet 1793.
