Peintures

Les néo-grecs

Le terme néo-grec (ou parfois néo-pompéien) sert à qualifier des artistes qui ont choisis de délaisser la grandeur héroïque de l’Antiquité gréco-romaine et ses épisodes historiques et mythologiques, si appréciés des artistes néoclassiques du début du XIXe siècle, pour représenter des scènes tout à fait anecdotiques, s’intégrant dans la catégorie de la peinture de genre. Ce mouvement est initié par le français Jean-Léon Gérôme au Salon de Paris en 1847. Il y présente Jeunes Grecs faisant battre des coqs dont Théophile Gautier va en faire l’éloge, ce qui contribuera fortement au succès de cette œuvre.

Jean-Léon GÉRÔME, Jeunes Grecs faisant battre des coqs, 1846, huile sur toile, Musée d’Orsay

D’autres artistes ne tardent pas alors à profiter de cet élan pour suivre les pas de Gérôme, jusqu’à constituer une véritable école qui pratique dans l’atelier de Paul Delaroche, puis dans celui de Charles Gleyre. Parmi ceux-ci, on trouve Jean-Louis Hamon (1821-1874) et Henri-Pierre Picou (1824-1895). Ils sont rejoints plus tard par Alphonse Isambert (1818-1870),  Gustave Boulanger (1824-1888) ou encore Auguste Toulmouche (1829-1890). Ces peintres sont notamment fascinés par les découvertes archéologiques qui enrichissent la connaissance qu’ils peuvent avoir de l’époque antique. Une de leur principale source d’inspiration est La marchande d’amours de Joseph-Marie Vien, tableau réalisé en 1763 et lui-même inspiré d’une fresque découverte dans l’ancienne ville de Stabies (Villa Arianna). S’ils ne vont bien souvent pas jusqu’à faire le voyage en Italie ou en Grèce, ces peintres ont à disposition bon nombre d’albums gravés ou de croquis ramenés par des collègues artistes. Ils cherchent à s’instruire un maximum pour rendre leurs œuvres les plus proches possible de la vérité historique. Cependant, ces scènes sont souvent très légères, gracieuses, et proposent un monde idéalisé aux antipodes des œuvres du mouvement réaliste qui naît au même moment. Ce mouvement neo-grec est une sorte de fusion entre le néoclassicisme, très froid et rigide, avec le romantisme, plus coloré et pittoresque.

Joseph-Marie VIEN, La marchande d’amours, 1763, huile sur toile, Château de Fontainebleau
Auguste TOULMOUCHE, Un baiser, 1856, huile sur toile, Musée Thomas Dobrée (Nantes)

Après l’Exposition universelle de 1855 et le départ de Gérôme pour l’Égypte, c’est Hamon qui devient le nouveau chef de file de ce mouvement. L’un de ses premiers succès avait été Idylle, Ma sœur n’y est pas présentée au Salon de 1853. Mais cette œuvre, pleine de candeur et de fraîcheur, est encore loin de la vérité archéologique qu’il introduira dans ces œuvres suivantes. En effet, ayant travaillé quelques années à la Manufacture de Sèvres, Hamon s’est passionné pour l’étude des vases antiques et il n’hésite pas à faire étalage de ce savoir dans son œuvre Le magasin de vases (Pompéi).

Jean-Louis HAMON, Le magasin de vases (Pompéi), 1860, huile sur toile, collection particulière

Les sujets de prédilection des peintres néo-grecs sont les idylles qui deviennent sous leur pinceau des scénettes pastorales, tendres et naïves, quasi intemporelles. Ces petites œuvres sont aussi le prétexte pour représenter des enfants ou des adolescents nus dans le même esprit que le courant néo-florentin qui se traduit en sculpture. L’un de ces spécialistes est Émile Lévy (1826-1890), mais on peut aussi citer Pierre Dupuis (1833-1915) ou encore Jules-Élie Delaunay (1828-1891).

Emile LÉVY, Idylle, 1866, huile sur toile, collection particulière

Mais ces idylles et autres scènes anecdotiques trop idéalistes ont un succès aussi rapide que court et très vite le public français (et les critiques) réclament le retour de scènes plus réalistes et plus archéologiques à l’image de ce que produit William Bouguereau (1825-1905) dont l’œuvre oscille entre scènes de genre antiques, scènes mythologiques et scènes religieuses, le désignant quasiment comme un néoclassique tardif. Jean-Léon Gérôme revient lui-même à des thèmes plus historiques comme avec une de ses toiles les plus connue: Phryné devant l’aéropage (1861).

William BOUGUERREAU, Les murmures de l’Amour, 1889, huile sur toile, Musée d’Art de la Nouvelle-Orléans

Le mouvement néo-grec aura eu une durée de vie éphémère en France, mais il va cependant trouver encore écho dans l’œuvre peinte de plusieurs artistes étrangers à la fin du XIXe siècle. On parle alors plutôt de scènes de genre archéologiques car le champ des sujets s’étend également à la reconstitution de l’Egypte antique. Ainsi, le peintre italien Ettore Forti produit une grande quantité de tableaux inspirés de la vie pompéienne. Mais c’est en Angleterre que le mouvement néo-grec semble avoir eu le plus de résurgence avec 3 représentants majeurs: Lawrence Alma-Tadema (1836-1912), Frederic Leighton (1830-1896) et John William Waterhouse (1849-1917).

Ettore FORTI, Le vendeur de tapis, avant 1897, huile sur toile, collection particulière
Frederic LEIGHTON, Enrouler l’écheveau, v. 1878, huile sur toile, Art Gallery of New South Wales (Sydney)
John William WATERHOUSE, Un enfant malade amené au temple d’Esculape, 1877, huile sur toile, collection particulière
Lawrence ALMA-TADEMA, Les rivales inconscientes, 1893, huile sur toile, Bristol Museum and Art Gallery

Pour aller plus loin:

Jean-Michel Le Cadre, Auguste Toulmouche, peintre de la vie bourgeoise au temps de l’Impressionisme (site internet consacré à la vie et l’œuvre d’Auguste Toulmouche avec une page consacrée à sa période néo-grecque)

Michaël Vottero, La peinture de genre en France, après 1850, 2012, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, pp. 83-95.

Hélène Jagot, La peinture néo-grecque (1847-1874): réflexions sur la constitution d’une catégorie stylistique (thèse de doctorat, soutenue le 25 janvier 2013 à l’Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense).

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