Le sculpteur Guillaume Geefs (1805-1883) est désigné en 1837 pour concevoir la nouvelle chaire de la cathédrale Saint-Paul à Liège, l’ancienne étant devenue trop vétuste. Il doit composer sur le thème du « triomphe de la religion sur le génie du mal ». Guillaume Geefs imagine donc un ensemble alliant les style gothique (en accord avec le style de la cathédrale) mais aussi plus renaissance notamment dans les sculptures qu’il prévoit. La chaire se présente donc en trois parties réalisées en bois: le dais en forme de flèche, la tribune de forme hexagonale et la base formées de niches devant accueillir des sculptures. Deux escaliers permettent au prêtre d’accéder à la tribune. Les niches de l’avant de la chaire abriteront des statues représentant la Religion, Saint-Pierre et Saint-Paul. A l’arrière de la chaire, une représentation de l’ange déchu Lucifer. Pour cette sculpture, Guillaume Geefs confie le travail à son propre frère, Joseph Geefs.


La nouvelle chaire est dévoilée au public le 15 octobre 1843. La foule se presse pendant plusieurs jours pour voir l’œuvre monumentale qui n’est pas encore tout à fait achevée. En effet, certaines des sculptures ne sont pas encore achevée et des versions en plâtre se substitue provisoirement au versions définitives qui seront en marbre. Rapidement, la sculpture du « l’Ange du mal » Lucifer, représenté sous les traits d’un jeune homme, au physique avantageux, quasiment nu et affublé de grandes ailes de chauve-souris, ne plait pas aux membres du clergé. Ils estiment, selon la chronique locale, que la figure distraient trop les jeunes filles.
La sculpture est donc retirée. Guillaume Geefs est alors chargé d’en réaliser une nouvelle. Le Génie du mal est livré en 1848. Cette œuvre n’est cependant guère différente de celle due au ciseau de Joseph. On est toujours en présence d’un éphèbe musclé et attirant. Mais, Lucifer est cette fois représenté enchaîné, ce qui s’accorde mieux au thème donné à l’ensemble de la chaire, et l’expression de son visage s’éloigne de l’air indompté qu’affichait son prédécesseur pour prendre une apparence plus désespérée.

Guillaume Geefs a également remplacé le serpent, symbole du Diable, par la pomme mordue par Eve et le sceptre ornée de l’étoile de Vénus (aussi appelée « étoile du matin ») qui est également associée au nom Lucifer, puisqu’à l’origine celui-ci était l’ange « porteur de lumière », selon les mythologies grecques et romaines. D’ailleurs au XIXe siècle, l’image de Lucifer s’est agrégée en quelque sorte à l’image de Prométhée, ce rebelle aux Dieux, déchu et enchaîné à jamais au sein des Enfers.



