Estampes

Achille Devéria et l’élégante Parisienne

Achille Devéria est né à Paris le 6 février 1800 et passe sa jeunesse à Versailles où son père est archiviste  au Ministère de la Marine. Il développe très tôt un goût pour le dessin et est alors placé en apprentissage auprès des peintres Louis Lafitte et Anne-Louis Girodet. Avec la chute de l’Empire et l’instauration de la Restauration, le père de Devéria perd ses faveurs et son emploi et se retrouve dans la misère. La jeune Achille décide donc de frapper à toutes les portes pour offrir ses talents de dessinateur. Les ouvrages illustrés ainsi que les vignettes sont alors de plus en plus à la mode et il accepte d’illustrer des livres de Rabelais, Corneille, Molière, Rousseau ou encore Voltaire. Il présente ses premières œuvres, des vignettes et des portraits au crayon, lors du Salon de 1822.

Son œuvre peinte est assez minime et médiocre, mais il maîtrise parfaitement la technique de la lithographie qui se développe et se perfectionne dans les années 20 en France. Plusieurs artistes se sont fait immortaliser par lui comme Victor Hugo, Alexandre Dumas père, Alfred de Vigny, Théodore Géricault, Prosper Mérimée ou encore Franz Liszt. Ceux-ci aiment à participer aux soirées que Dévéria organisent dans sa demeure rue Notre-Dame-des-Champs et où l’on devisent sur les idées romantiques.

Achille DEVÉRIA, Portrait de Victor Hugo, 1829, lithographie, Maison Victor Hugo/Hauteville House (Guernesey)

Devéria est un des premiers à savoir colorer la pierre lithographique, ce qui lui permet de rehausser agréablement ses œuvres, en particulier les petites scènes de la vie bourgeoise qu’il dessine. Il réalise ainsi plusieurs recueils de lithographies où le charme et l’élégance des parisiennes de son époque sont mis en avant. Dans Les Heures du jour réalisé en 1829, chaque femme représente un moment de la journée et la tenue qui va avec.  Comme modèle, Devéria a pris son épouse et sa sœur mais aussi d’autres femmes de sa connaissance, comme la poètesse et écrivaine Marie Nodier. Les activités typiques d’une femme moderne sont décrites:  la prière à 8h du matin, la promenade à 10h du matin, la rédaction de lettre à 11h du matin, la toilette à 8h du soir, le départ pour le bal à 11h du soir, le retour de festivités à 5h du matin, etc.

Le recueil est édité et imprimé chez Adolphe Fonrouge et chaque planche est disponible soit en noir et blanc soit en couleur.

En 1831, Devéria réalise deux nouveaux recueils, dans le même esprit que les Heures du jour, et avec les mêmes modèles: Alphabet varié et Le Goût nouveau (imprimé chez Lemercier) qui mettent à l’honneur la mode vestimentaire féminine.

Dans son ouvrage Curiosités esthétiques (1868), Charles Baudelaire dira des recueils de Devéria:

Toutes ces femmes coquettes et doucement sensuelles étaient les idéalisations de celles que l’on avait vues et désirées le soir dans les concerts, aux Bouffes, à l’Opéra ou dans les grands salons. Ces lithographies, que les marchands achètent trois sols et qu’ils revendent un franc, sont les représentantes fidèles de cette vie élégante et parfumée de la Restauration, sur laquelle plane comme un ange protecteur le romantique et blond fantôme de la duchesse de Berry

Achille DEVÉRIA, Le Goût nouveau, planche 24 (Mme Devéria), 1831, lithographie colorée, Musée Carnavalet
Achille DEVÉRIA, Alphabet varié, Lettre M (Mme Marie Mennessier-Nodier), 1931, lithographie, Musée Carnavalet.

En 1848, après avoir produit intensément des centaines de dessins (dont une partie d’illustrations érotiques), Achille Devéria abandonne sa carrière artistique pour devenir conservateur adjoint des estampes de la Bibliothèque nationale de France, puis conservateur en 1855. Il est aussi attaché au département égyptien du Louvre et voyage beaucoup en Egypte.  Devéria meurt à l’âge de 57 ans.

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