Dans cet article, parcourons quelques représentations d’assassinats célèbres de l’Histoire.
Commençons avec probablement le plus célèbre d’entre tous, l’assassinat de Jules César.

Dans son tableau, Vincenzo Camuccini, montre une vue presque panoramique du moment de l’assassinat de César au Sénat de Rome, lors des Ides de Mars. César, sous les yeux horrifiés des sénateurs, est cerné par le groupe de complotistes qui a décrété sa mort pour l’empêcher d’étendre son pouvoir. Les poignards sont sur le point de s’abattre sur lui, dont celui de son fils adoptif, Brutus, personnage au cheveux roux. Il est le seul qui n’ose pas regarder César. Ce dernier tend son bras vers lui, lui jetant cette phrase (sans doute apocryphe): Toi aussi, mon fils! L’assassinat se déroule au pied de la statue du Grand Pompée.
Le tableau est commandé à Camuccini en 1793 par Frederick Hervey, comte de Bristol. Mais au moment où il est achevé, en 1796, l’accueil est mitigé et le peintre détruit son œuvre pour la recommencer. Au moment où cette version-ci est terminée, le comte de Bristol est décédé et ses héritiers ne souhaite pas payer le tableau. C’est finalement Joachim Murat, roi de Naples et maréchal de Napoléon, qui en fait l’acquisition en 1807. Il sera ensuite la propriété des rois des Deux-Siciles avant de rejoindre les collections du Musée Capodimonte où il se trouve toujours.

Avançons un peu dans le temps et rendons nous au Danemark pour assister à la mort du roi Canute IV telle que l’a représentée le peintre Christian Albert von Benzon. Canute monte sur le trône du Danemark en 1080, et se révèle un roi très soucieux de l’Eglise envers laquelle il se montre très généreux. Il entend aussi réglementer plus fortement la vie de ses vassaux et de ses sujets, et il s’accorde de plus en plus de pouvoirs. Il a aussi des vues sur l’Angleterre et envisage de mettre sur pied une flotte chargée d’envahir ce royaume voisin, comme l’avait fait ses prédécesseurs. Pour composer sa flotte, il engage des paysans. Mais les préparatifs traînent en longueur et les paysans s’inquiètent de ne pas pouvoir être de retour pour la saison des récoltes. Le mécontentement gronde et Canute croît y mettre fin en arrêtant le chef des protestataires, son propre frère Olaf. Mais alors qu’il se trouve à Vendsyssel, une révolte paysanne éclate. Canute et sa suite s’enfuient et trouve refuge dans le prieuré Saint-Alban à Odense. Il y est pris au piège et meurt assassiné, avec son frère Benedict et 17 autres compagnons. Le peintre von Benzon nous montre donc le roi priant au pied de l’autel alors qu’un coup de lance est sur le point de lui être fatal. Derrière lui se tient son frère qui se défend ardemment. Considéré comme un martyr, Canute a été canonisé en 1101.

Direction maintenant la ville de Canterbury [francisé en Cantorbéry] (Royaume-Uni) et sa cathédrale où a été assassiné Thomas Becket en 1170. Archidiacre de Canterbury devenu proche du roi Henri II, Becket est nommé Lord Chancelier en 1155 et primat d’Angleterre (Archevêque de Canterbury) en 1162. C’est à ce moment-là qu’il rompt avec les idées du roi qui souhaitait alors amoindrir les pouvoirs de Rome et du pape au sein du clergé catholique anglais pour y instaurer ses propres règles. Les racines du schisme que concrétisera Henri VIII étaient déjà en place. Becket s’oppose notamment à ce que les ecclésiastiques rendent des comptes devant des juridictions civiles (Constitutions de Clarendon). Face à cette résistance, Henri II souhaite le juger mais Becket refuse la sentence et s’exile volontairement sur le continent où il espère avoir l’appui du pape Alexandre III. Par la signature de différents décrets, le roi d’Angleterre poursuit le prélat fugitif mais le roi de France, Louis VII, dont le roi d’Angleterre était alors le vassal, prend Becket sous sa protection. Une réconciliation entre Henri et Becket a cependant lieu en juillet 1170 et l’archevêque peut regagner l’Angleterre. Ce dernier est cependant bien déterminé à récupérer les terres et biens qui lui ont été saisis. Le roi Henri aurait alors prononcé une phrase fatidique: « N’y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent? ». Quatre chevalier anglo-normands prennent ces mots au pieds de la lettre, et assassinent Becket dans la cathédrale de Canterbury le 29 décembre 1170. Henri II fait pénitence pour cet acte et l’ecclésiastique sera canonisé en 1173 par le pape Alexandre III.
Le peintre français Albert Dawant a donc fait le choix de représenter l’archevêque tel qu’il est tombé au pied de l’autel. Les assassins ne sont pas présents dans la composition. Toute l’attention se concentre donc sur la victime et martyr, dans le même esprit qui animait la toile de Jacques-Louis David, La mort de Marat.

A présent, retournons en Italie, mais cette fois dans la ville de Rimini, en 1285. Là se trouve une très jolie jeune femme, Francesca, qui a épousé dix ans auparavant Gianciotto Malatesta, un petit noble de Rimini. Celle-ci est depuis peu tombée amoureuse du frère de son mari, Paolo. Ils entretiennent une relation discrète, mais ils sont un jour surpris par le mari de Francesca qui n’hésite pas à passer les deux amants par le fil de l’épée. Cette histoire a été rendue célèbre par Dante qui a fait de Francesca et Paolo, les héros du chant V de l’Enfer (La Divine Comédie). Le peintre Alexandre Cabanel a représenté l’instant qui succède au meurtre. Les deux jeunes amoureux sont morts et leur assassin se tient toujours derrière eux dans l’ombre, son épée ensanglantée à la main. Un livre est tombé au pied de Francesca, rappelant que, selon la légende, les amants étaient en train de lire un roman d’amour courtois: Lancelot ou le chevalier à la Charrette de Chrétien de Troyes. Ce fait divers tragique inspirera bon nombre d’artistes du 19e siècle.