Peintures

Te matete (Paul Gauguin)

Après s’être inspiré du folklore breton à Pont-Aven et des paysages du pays d’Arles, Paul Gauguin est en quête d’un endroit simple où il pourra peindre en harmonie avec la nature. Ses pas vont dès lors le conduire en Polynésie. Il embarque pour Papeete le 1er avril 1891, une traversée de deux mois et demi. Arrivé là-bas, il rencontre la très jeune Teha’amana (dite Tehura), qu’il épouse et qui va l’accompagner pendant son séjour. Il est a noté qu’il est déjà marié depuis 1873 avec une danoise, Mette-Sophie Gad avec qui il a eut cinq enfants. Mais depuis que Gauguin s’adonne à la peinture et ne gagne plus convenablement sa vie, Mette-Sophie est retournée vivre avec ses enfants à Copenhague, près de sa propre famille.

Paul GAUGUIN, Merahi metua no Teha’amana (Les ancêtres de Teha’amana), 1893, huile sur toile, Art Institute de Chicago.

Durant son séjour à Tahiti, Gauguin espère gagner son pain en peignant quelques portraits de notables de Papeete, mais cela se révèle un échec. Il décide donc de s’éloigner de la capitale tahitienne, qu’il juge trop occidentalisée par les colons français, et se rend à Mataeia, un peu plus au sud de Papeete. Dans ce village au pied d’un volcan, le peintre se fait ethnologue et étudie les us et coutumes des habitants. Pendant son séjour, il peint près de 66 œuvres dont celle intitulée Te matete. Gauguin aimait donner à ses tableaux des titres en langues maorie. Celui-ci peut se traduire par Le marché.

Paul GAUGUIN, Ta matete (Le marché), 1892, gouache sur toile, Kunstmuseum de Bâle

Dans ce tableau, on retrouve diverses influences, comme celles des estampes japonaises avec leurs grands aplats de couleurs. Le plus flagrant dans sa composition est cependant l’inspiration de l’Egypte antique. En effet, Gauguin avait avec lui une photographie prise au British Museum d’un fragment de fresque qui ornait une tombe thébaine de la XVIIIe dynastie. À l’instar des personnages égyptiens, Gauguin représente ici des tahitiennes de profil, assise sur un banc et vêtues de longues robes colorées. Il n’y a pas d’impression de volume dans les choses représentées, mais il y a tout de même un effet de perspective depuis le personnage debout à l’avant-plan vers la mer qui se profile entre les arbres.

Le banquet, fragment de la fresque de la tombe de Nebanum (Thèbes), British Museum

En 2020, une aquarelle qui reprend, dans des traits simples, le sujet et le style de Ta matete a été proposée aux enchères. Gauguin réalisa plusieurs carton pour éventail et sur l’un deux, dédicacé à une certaine Madame Goupil, on retrouve les 3 mêmes personnages que sur l’aquarelle.

Paul GAUGUIN, Ta matete (Le marché), 1892, aquarelle et crayon – source: Barnaby’s
Paul GAUGUIN, Ta matete (Le marché), 1892, éventail signé et dédicacé à Madame Goupil – source: Barnaby’s

Malade, Gauguin rentre à Paris où il essaye de faire connaître les œuvres qu’il a peinte en Polynésie. Il les expose notamment chez le marchand Durand-Ruel mais elles ne déclenchent pas beaucoup l’enthousiasme. Il décide aussi de réunir ses notes manuscites et ses croquis dans deux ouvrages, appartenant aujourd’hui au Musée d’Orsay mis en dépôt au musée du Louvre: Ancien culte mahorie et Noa Noa, voyage de Tahiti.

Gauguin n’a cependant pas renoncé à son rêve d’évasion, loin de l’agitation de la capitale française. Encore affaibli par la maladie, il réembarque pour Tahiti le 3 juillet 1895. Là, il ne se remet pas en ménage avec Teha’amana, mais s’octroie la compagnie d’une autre jeune habitante de Papeete prénommée Pau’ura. Il vivote un temps à Tahiti, mais après avoir bénéficié d’un héritage conséquent, il peut enfin faire construire une maison aux îles Marquises, comme il le souhaitait. Les ennuis administratifs et de santé auront finalement raison de lui et il s’éteint dans une hutte misérable le 8 mai 1903.

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