Née en 1770, Pauline est la seconde sœur de Napoléon Bonaparte. En 1803, elle a épousé, en seconde noces, le prince Camille Borghèse (1775-1832). Celui-ci, issu d’une prestigieuse famille italienne, a adhéré aux idées de la Révolution française et s’est mis au service de Napoléon.

Pour célébrer son mariage, le prince Borghèse commande en 1804 au sculpteur Antonio Canova une représentation de la belle Pauline en marbre blanc. L’artiste possède alors son atelier à Rome, non loin du Palais Borghèse. Pauline peut donc facilement venir poser.

L’idée d’origine était de représenter Pauline en déesse Diane. Une image chaste qui semble ne pas avoir convaincue Pauline, dont la réputation galante n’est alors plus à faire (elle a déjà à son actif une belle collection d’amants). Elle lui préféra celle d’une Vénus dévêtue, probablement également en signe de provocation envers cette Italie très catholique où elle vit une partie de l’année. Il n’est cependant pas certain que la princesse ait réellement posé nue pour le sculpteur. Le choix de Vénus peut aussi être une référence au fait que la famille Borghèse proclame qu’ils sont les descendants de la déesse de l’Amour par son fils Enée, qui fonda Rome.
Pauline est représentée en Vénus Victrix (Vénus victorieuse), tenant à la main une pomme qui la désigne comme « la plus belle des déesses » suite au Jugement de Pâris.


Reprenant les codes de représentations antiques, Pauline est donc installée sur une méridienne (kliné en grec) à demi-couchée (pose dite semisdraiata, à l’image du Sarcophage des époux). C’est sur ce type de fauteuil que s’installaient les convives pour manger dans le triclinium pendant l’Antiquité romaine. Les méridiennes seront remises à la mode au début du 19e siècle, et plus particulièrement sous l’impulsion de Napoléon Bonaparte et sa promulgation du Premier Empire qui remet à l’honneur le style antique.

Pour sa composition, Antonio Canova s’inspire également des Vénus peintes par les maîtres de la Renaissance, tels Giorgione ou Le Titien, à la sensualité captivante. Des références qu’il reprendra également à son compte, de manière beaucoup plus directe, pour sa Naïade de 1819, aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum de New York. En 1792, Canova avait d’ailleurs lui-même peint une Vénus avec un faune, qui avait une pose similaire à sa Venus Victrix.


Afin que la sculpture puisse être admirée sous tous les angles, Canova a fait installer un système dans la base en bois laqué qui lui permet d’être facilement tournée. L’œuvre est achevée en 1808 et transportée à la résidence des Borghèse à Turin (Camille est alors gouverneur de cette ville). La sculpture est largement admirée par les invités du couple princier. Elle est ensuite emmenée à Gênes, puis, à partir de 1814, elle rejoint le Palais Borghèse, à Rome. En 1820, le couple décide d’enfermer la sculpture dans un coffre. Ceci pour plusieurs raisons probablement. Tout d’abord pour faire stopper les visites payantes organisées en douce par les domestiques. Mais peut-être aussi, car le nom de Bonaparte n’étant plus alors à la page, la sculpture était devenue le symbole d’une époque révolue. Un sursaut de pudeur d’une Pauline vieillissante et malade y fut peut-être aussi pour quelque chose dans cette décision. Pauline meurt en 1825. La sculpture est par la suite déménagée dans la galerie de la Villa Borghèse Pinciana en 1838. En 1889, elle est définitivement installée dans la Salle I au rez-de-chaussée de la galerie. L’emplacement est parfait car le décor des plafonds, peints par Domenico De Angelis en 1779, représente des scènes de l’Histoire de Vénus et Enée, dont le Jugement de Pâris.
