Né à Bruxelles (Schaerbeek), le 9 octobre 1861, Henri Privat-Livemont montre très vite des prédispositions artistiques. Il entre à l’Académie de dessin de Saint-Josse-ten-Noode et y développe son talent pour l’ornementation. L’obtention d’une bourse lui permet de poursuivre ses études à Paris où il reste six années et y suit notamment les cours de Léon Bonnat. Dans la Ville Lumière, il réalise la décoration de l’Hôtel de Ville, les décors d’Hamlet pour l’Opéra Garnier et dessine du mobilier pour la Comédie Française. Il revient ensuite s’installer dans sa ville natale. À cette époque, la mode de l’affiche s’installe doucement dans l’espace public belge, jusqu’à faire du petit pays le deuxième centre de l’affiche publicitaire après Paris. Les pionniers de cet art étant Henri Cassiers, Vital Keuller ou encore Adolphe Crespin et Edouard Duyck. En 1890, l’affiche réalisée par Privat-Livemont est choisie pour promouvoir l’exposition annuelle du Cercle artistique de Schaerbeek. Ce sera la première d’une longue série qui vont permettre à cet artiste d’asseoir sa notoriété au-delà des frontières de la Belgique.

Ses deux premières affiches sont encore assez académiques, mais bientôt Privat-Livemont fait entrer les codes de l’Art Nouveau. Le plus gros de sa production se fera dans les années 1895 et 1896. C’est en 1917 qu’il fait imprimer sa dernière affiche, réalisée pour le Cercle artistique du Rouge-Cloître en 1917.
Privat-Livemont révèle une grande maîtrise de la chromolithographie et travaille lui-même ses dessins sur les différentes pierres qui serviront à l’impression. La femme est le plus souvent au centre de ses compositions. Avec leurs cheveux formant de gracieuses volutes, parfois légèrement vêtues, sublimées par des bijoux, entourées de fleurs et d’ornements, elles sont de parfaits faire-valoir des produits qu’elles présentent. Privat-Livemont fait également attention au texte qui doit participer à la décoration de l’affiche tout en restant lisible. Privat-Livemont a collaboré avec plusieurs imprimeurs bruxellois comme Trommer & Staeves, J. L. Goffart ou encore O. De Rijcker & Mendel. Il a aussi travaillé avec l’imprimeur hollandais L. Van Leer & Cie.









Les affiches de Privat-Livemont sont parfois plutôt osées, presque érotiques, avec ses jeux de transparences dans les tenues que portent les femmes. Un parfait exemple est cette affiche commandée par la Société des Chemins de fer de l’Ouest français pour promouvoir la station balnéaire de Cabourg. Une naïade se baigne dans les vagues écumeuses de la mer (qui ne sont pas sans rappeler l’estampe japonaise La vague par Hokusai) sous le regard envieux de plusieurs messieurs.

Privat-Livemont adhère aux idées politiques libérales de son époque. Il se lia notamment d’amitié avec Achille Chainaye (dit Champval), un des directeurs du journal La Réforme. Cet organe de presse est le porte-parole de la politique libérale, mais consacre aussi dans ses colonnes des rubriques sportives et artistiques. Privat-Livemont se chargea de faire plusieurs affiches publicitaire pour ce journal. La plus impressionnante est sûrement celle qu’il réalise en 1897 qui dénonce la violence du mouvement anarchiste.


On a souvent donné à Privat-Livemont le sobriquet de « Mucha belge ». Mais Alfons Mucha a-t-il influencé la production d’affiche de Livemont? Probablement pas. Les deux artistes avaient sans doute pris conscience, chacun de leur côté, que l’esthétique élégante qu’ils avaient développé était vendeur auprès du public bourgeois européen. Les affiches de Privat-Livemont ont éé exposées aussi bien à Anvers, Louvain, Paris qu’à Londres, Milan ou Saint-Pétersbourg.