Bord de mer au clair de lune a été commandé au peintre germanique Caspar David Friedrich par le banquier et collectionneur d’art Joachim Heinrich Wagener avec un autre tableau: L’arbre solitaire. A la mort de Wagener, les tableaux, et d’autres du collectionneur, devinrent la propriété des souverains de Prusse, qui par la suite créeront la Alte Nationalgalerie où la paire de tableaux est aujourd’hui conservée.


Friedrich a été élevé par un père protestant assez strict et a subi plusieurs deuils importants dans son jeune âge: celui de sa mère, quand il avait seulement sept ans, mais aussi celui de certains de ses frères et sœurs. Ceci peut expliquer la mélancolie pure que l’on voit transparaître dans les toiles qu’il réalise. Sa peinture est donc fortement empreinte de l’esprit romantique allemand qu’il a notamment développé au contact de Ludwig Tieck, Gotthilf Heinrich Schubert et Heinrich von Kleist. Souvent, ses compositions montrent des personnages en pleine contemplation, comme dans son œuvre probablement la plus célèbre : Le voyageur contemplant une mer de nuages.

C’est le cas aussi dans Bord de mer au clair de lune où l’on peut voir deux femmes et un homme assis sur des rochers observant la lune, qui perce à travers les nuages et se reflète dans la mer, ainsi que les bateaux qui reviennent au port. La contemplation de la lune est un thème récurrent dans l’œuvre de Friedrich, qui y voit sans doute tout un symbole de mystère. Ce même symbole est aussi attaché aux navires que le peintre aiment souvent représenter. Dans Bord de mer au clair de lune, Friedrich utilise le principe de la Rückenfigur, c’est-à-dire une ou plusieurs silhouettes humaines vues de dos. C’est un principe qu’il utilise abondamment dans sa peinture. Il invite ainsi le spectateur à contempler le paysage qu’il peint du même point de vue que ses personnages.



Pour ses marines, Caspar David Friedrich a pu s’inspirer des paysages qu’il a côtoyé dans son enfance car il était né à Greifswald, au bord de la mer Baltique. Dans les paysages de Friedrich, on trouve aussi l’influence des œuvres de Claude Gellée dit « Le Lorrain » (1600-1682) et particulièrement des effets de lumière que le peintre français aimait donner à ses compositions.
