Lors de sa présentation à la Royal Academy en 1821, ce tableau, qui deviendra l’un des plus célèbres d’Angleterre, portait le titre: Landscape: Noon. John Constable a choisi de représenter la maison d’un fermier, Willy Lott, située au bord de la rivière Stour dans Dedham Vale (Suffolk). La scène reproduit la vue que le peintre avait depuis le devant Flatford Mill, qui appartenait à la famille de Constable depuis 1742. Ces maisons existent toujours d’ailleurs.



La rivière Stour marque la frontière entre les comtés du Suffolk et de l’Essex. Willy Lott’s Cottage est situé dans le Suffolk et le paysage qu’il a face à lui s’étend sur l’Essex. Une charrette à foin vide est en train de traverser le cour d’eau sous le regard d’un chien. Pour la charrette, le peintre a peut-être pris comme modèle des charrettes en bois qui étaient stationnées près de sa maison de Hampstead. Une femme puise de l’eau dans la rivière à l’aide d’une cruche sur le ponton du cottage.



Constable a mis dans sa toile toute l’affection qu’il portrait à ce paysage où il a grandi. Le tableau s’approche donc plus de la tendance romantique que de la tendance réaliste, sans vraiment tenir compte des conditions de vie des personnages que l’artiste représente dans cette nature sublimée. On peut aussi y percevoir la nostalgie du peintre pour cette campagne qui commençait doucement à changer avec l’arrivée de l’industrialisation. Et c’est sans doute également ce côté bucolique, un peu trop parfait peut-être, que nous apprécions toujours dans les œuvres de Constable.
La charrette de foin fait partie de cette série de tableaux de grands formats, surnommée « Six-footers », qui ont marqués la carrière de John Constable et qui représentent la rivière Stour. Parmi ces œuvres, on trouve aussi : Le cheval blanc (1819), Stratford Mill (1820), Vue sur la Stour près de Dedham (1822), L’écluse (1824), Le cheval bondissant (1825), Le château d’Hadleigh (1829), La cathédrale de Salisbury (1831).







Constable aimait peindre en plein air, afin de fixer le plus fidèlement possible les effets de lumière dans le paysage. Il portait également une attention toute particulière à la composition des ciels (une technique qu’il nommait lui-même skying). Pour La charrette de foin il réalisa une petite esquisse aux traits rapides, ainsi qu’une esquisse à taille réelle où l’on remarque la présence d’un personnage à cheval sur la berge qui a été effacé dans la composition définitive (le repentir est encore visible cependant si l’on fait attention).


Exposé à la Royal Academy, le tableau ne trouva cependant pas d’acheteur. Il a ensuite été exposé avec d’autres œuvres de Constable au Salon de Paris en 1824. L’œuvre y a vraiment fait sensation, et attira l’attention du peintre Théodore Géricault et du peintre Eugène Delacroix qui décida même de changer l’atmosphère de l’œuvre sur laquelle il travaillait alors, Scènes de massacre à Chios. La charrette de foin fut alors acheté par un marchand anglais qui le ramena en Angleterre et le revendit à un certain M. Young. A la mort de ce dernier, son ami le collectionneur Henry Vaughn racheta le tableau puis l’offrit en 1886 à la National Gallery de Londres.