Le Baiser est à l’origine un motif faisant partie de la Porte de l’Enfer dont Rodin avait reçu commande par l’Etat en 1879. La porte (en bronze) devait être installée à l’entrée du nouveau Musée des Arts décoratifs prévu à l’emplacement de l’actuel Musée d’Orsay à Paris. Malheureusement le projet est abandonné en 1889. Rodin présentera cependant une version en plâtre de la porte lors de l’Exposition universelle de 1900. Plusieurs versions seront également fondue, mais après la mort de l’artiste. On peut actuellement encore les voir à Paris (Musée Rodin), Tokyo (Musée national de l’art occidental), Philadelphie (Rodin Museum), Zurich (Kunsthaus) ou encore Mexico (Musée Soumaya).


La Porte de l’Enfer s’inspire des histoires contées dans la première partie de la Divine Comédie de Dante (L’Enfer). C’est lors de ce projet que naît aussi l’une des plus célèbre sculpture de Rodin: Le Penseur. Parmi ces histoires, on retrouve aussi celle tirée du Chant V racontant le destin tragique de Francesca de Rimini, épouse de Giancotto Malatesta, qui tombe amoureuse de son beau-frère, Paolo. Tous deux sont surpris par Malatesta qui les poignarde à mort. Ils sont alors voués à la damnation éternelle pour avoir cédé à un amour interdit. Paradoxalement, les ombres des deux amants sont alors unies à jamais en Enfer. Ce thème romantique a beaucoup inspiré les artistes.

En 1888, à la demande de l’Etat français, Rodin reprend le motif réalisé pour la Porte de l’Enfer pour en faire une grande ronde-bosse en marbre. C’est Jean Turcan qui en réalise l’agrandissement et la taille (Rodin ne sachant pas travailler le marbre). La sculpture a tellement de succès, qu’elle est reproduite en versions réduites et dans des matériaux différents, dont le bronze et la terre-cuite. Le philosophe Benjamin Constant est très admiratif de l’œuvre qu’il considère comme un « morceau de maître » (Promenade de peintre aux Salons de 1898).


Deux autres grandes versions en marbre sont réalisées du vivant d’Auguste Rodin. L’une est une commande du collectionneur américain Edward Perry Warren (sculptée par Rigaud) et l’autre est faite pour le collectionneur danois Carl Jacobsen (sculptée par Emmanuel Dolivet). Une quatrième version en marbre est réalisée en 1929 par Henri -Léon Gréber.

Lorsque Rodin commence la création du Baiser, il vient de rencontrer sa jeune élève Camille Claudel. Tous deux ont rapidement entamé une relation amoureuse tumultueuse. La sculpture devient le symbole de leur amour secret, puisque Rodin a alors comme compagne officielle Rose Beuret. On ne sait dans quelle mesure Camille Claudel a pu participé à l’élaboration du Baiser. Il est cependant possible qu’elle s’en soit inspirée pour sa propre œuvre, L’Abandon.

1 réflexion au sujet de “Le Baiser (Auguste Rodin)”